Chris Kraus - Baiser ou faire des films [critique]

20/1/2021

Si je n’avais pas été complètement emballé par La Fabrique des salauds, le troisième roman de Chris Kraus (mais le premier à avoir les honneurs d’une traduction en français) qui a suscité l’engouement dans notre pays en 2019, je me suis quand même laissé tenter par Baiser ou faire des films, attiré par son titre tout à la fois concupiscent et artistique. Hélas, j’ai été encore moins emballé cette fois-ci ! C’est donc avec certitude que je peux annoncer que je ne lirai pas le prochain ouvrage de Chris Kraus, et ce quel que soit son titre.


Jonas n’a pas trente ans quand il débarque à New York pour vivre son rêve de cinéma. Au gré de rencontres déjantées, le jeune Allemand découvre, fasciné, un milieu où flottent encore les ombres de Kerouac et de Ginsberg. Reste à trouver un sujet pour son film d’études. Fiction porno-expérimentale ? Documentaire sur le pouvoir érotique des lobes d’oreilles ?

Jonas semble passer volontairement à côté du sujet qui s’imposerait pourtant : l’histoire de sa famille. À New York, en effet, vit sa « tante » Paula, qui fut un temps très proche de son grand-père, pendant la Seconde Guerre mondiale, à Riga. Même si Jonas ne veut rien entendre, Paula a beaucoup à dire sur cet homme complexe, ce nazi sanguinaire qui l’a pourtant sauvée, elle, la Juive.

Et tandis que Jonas répète à l’envi « Je ne tournerai pas de film à la con sur les nazis ! », la belle Nele va entrer dans sa vie – quatrième de couverture.


LIRE OU S’ENNUYER

Ce qui m’avait déplu dans La Fabrique des salauds, le précédent roman de Chris Kraus, c’était surtout les longueurs de l’ouvrage plus que le récit en lui-même, car l’auteur allemand y laissait voir un talent pour les situations décalées et les dialogues truculents. Malheureusement, si Baiser ou faire des films ne souffre pas d’une longueur excessive, il a perdu pratiquement toute la cocasserie qui faisait le sel de La Fabrique des salauds.

Et même si Baiser ou faire des films comporte un personnage haut en couleur et quelques passages décalés, le récit ne va nulle part et j’ai eu beaucoup de peine à comprendre le sens de l’histoire. Ajoutez à cela une préface (censément écrite par la fille du personnage principal) passablement oiseuse – elle n’apporte strictement rien au récit qu’elle précède – et vous obtenez un roman qui s’avère être sans grand intérêt.


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Chris Kraus
Baiser ou faire des films
21/1/2021 - Belfond
336 pages

À Propos de l'auteur

Chris Kraus est né en 1963 à Göttingen, en Allemagne, et vit aujourd’hui à Berlin. Réalisateur, scénariste, écrivain, il a notamment étudié à l’Académie allemande du film et de la télévision de Berlin. Il est l’auteur de plusieurs œuvres cinématographiques qui lui ont valu de nombreux prix. Son long-métrage Quatre minutes (2006) a obtenu un grand succès critique et commercial en France, et a été adapté au théâtre. Outre des fictions, Chris Kraus a également coréalisé un documentaire sur l’écrivain et réalisateur Rosa von Praunheim, Rosakinder (2012). Chris Kraus est par ailleurs l’auteur de quatre romans.

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