Franck Thilliez - Le Manuscrit inachevé [critique]

14/5/2018

Franck Thillez est très certainement, avec Maxime Chattam, l'un des deux auteurs français de thriller les plus lus dans notre pays. Chaque année, immuablement, l'auteur livre à ses nombreux fans un nouveau roman, alternant les récits mettant en scène Franck Sharko et Lucie Henebelle – ses personnages récurrents – et les histoires indépendantes ; Le Manuscrit inachevé, sa cuvée 2018, fait partie de ces dernières. S'il ne fait aucun doute que ce nouveau livre se vendra très bien, la déception est pourtant grande, tant le roman se trouve loin d'être aussi prenant que ce à quoi l'auteur a habitué ses lecteurs jusqu'à présent.




Léane Morgan est une auteure à succès se cachant derrière le pseudonyme d'Enaël Miraure afin de préserver sa vie privée. Sauf qu'il ne reste plus grand chose à préserver dans sa vie : sa fille a été enlevée quatre années auparavant et son mariage n'a pas résisté à ce tragique événement. Léane a peiné à retrouver l'inspiration et son mari s'est perdu dans la recherche de la vérité coûte que coûte. La récente agression de ce dernier aux alentours de leur domicile près de Berck, domicile que Léane a quitté depuis plusieurs mois, va alors faire ressurgir le traumatisme de l'enlèvement de leur fille en même temps que le pire des quatre années écoulées.

Dans le même temps, aux alentours de Grenoble, une voiture finit sa trajectoire dans un ravin après une course-poursuite avec la douane. Les flics vont trouver le corps d'une femme sans visage et sans mains dans le coffre du véhicule.

Et si les deux affaires étaient liées ?

EFFET DE MANCHE

Le principal problème de ce Manuscrit inachevé est le postulat éculé du manuscrit « écrit par et trouvé » qui ne sert à rien, si ce n’est à justifier la fin ouverte pour les raisons évoquées en introduction du roman par la personne qui a trouvé le manuscrit et qui l’a fait publier – raisons que nous ne dévoilerons pas, bien évidemment.

Tout cela pour créer un effet de manche qui tombe à plat : en effet, même si Franck Thilliez, par la voix du signataire fictif du prologue, précise : « Et pour respecter jusqu’au bout le travail de Caleb, entretenir jusqu’au dernier mot l’esprit de ce livre, il fallait un dénouement comme celui que vous découvrirez. Si vous avez été attentif durant votre lecture, la réponse à la question que vous vous poserez forcément s’y trouve. »

Ne sachant pas d’avance comment le dénouement nous interrogera, on passe à côté des indices qu’a distillés l’auteur et on se retrouve sans toutes les réponses à la fin du récit. Si Franck Thilliez s’est imaginé qu’on allait relire son roman une deuxième fois pour trouver la réponse à cette ultime question, il s’est fourré le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate, pour reprendre une expression populaire chère au capitaine Haddock.


INTRIGUE POUSSIVE 

De plus, l’aspect scientifique qui fait d’habitude le sel des romans de Franck Thilliez est ici très peu développé, et cela au détriment de l’intérêt de l’intrigue qui, dénuée de l’habituelle vulgarisation de l’auteur, se trouve être bien poussive. De plus, l’histoire peine à démarrer et la mise en place s’avère bien longue. Cependant, le roman reste noir et l’auteur a construit une enquête complexe mais bien ficelée, comme à son habitude, ce qui sauve Le Manuscrit inachevé du naufrage total.

Quoi qu'il en soit, malgré la déception, le lecteur n'a qu'une envie : aller au bout pour connaître le fin mot de l'histoire, pour comprendre les énigmes distillées par l'auteur et pour mettre un nom sur l'assassin. Et c'est bien ce qui fait la force des thrillers : même si l'intrigue est passable, on a malgré tout envie de savoir !


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