François Bégaudeau - En guerre [critique]

26/8/2018

Auteur au style pour le moins singulier, François Bégaudeau est loin de faire l’unanimité chez les lecteurs ; ils l’adulent ou le décrient, il n’y a en général pas de demi-mesure. Toujours est-il que c’est grâce à ces auteurs iconoclastes – François Bégaudeau en est un, assurément – que la littérature évolue et propose des ouvrages sortant des sentiers battus. Fidèle aux éditions Verticales, son éditeur de toujours, le littérateur vendéen d’origine revient sur les étals des librairies en cette rentrée littéraire 2018 avec En guerre, son nouveau roman. Un ouvrage choc où il dénonce avec son franc-parler légendaire et son style bien à lui la violence économique de notre époque.


Le jour où les usines Ecolex ferment leurs portes, Cristiano Cunhal perd bien plus que son emploi. Depuis qu’il est entré sur le marché du travail, il n’a connu qu’Ecolex, si bien que tout s’effondre lorsqu’il est licencié par des actionnaires avides désireux d’engranger encore plus de bénéfices. S’enfonçant avec complaisance dans la dépression, sa relation avec Louisa, sa compagne, s’effrite alors peu à peu. C’est alors que cette dernière va fortuitement faire la rencontre de Romain et entamer avec lui une relation extra-conjugale, ressentant le besoin impérieux de fuir le marasme qui a pris ses quartiers au domicile conjugal.

ECONOMISTE DIS-MOI

De son passé de punk-rockeur, François Bégaudeau a gardé un esprit contestataire et une propension pour la lutte des classes qui oppose le travail au capital. Cette propension se retrouve dans En guerre puisque c’est un drame social découlant d’un abus du capital qui sert de toile de fond au récit, un abus qui va conduire à la déchéance d’un ouvrier représentant le travail. Dans un style burlesque qui lui va si bien au teint, François Bégaudeau prend un malin plaisir à tourner en ridicule les nantis et à prendre la défense des prolétaires, conjuguant violence économique et drame personnel pour accoucher d’un récit enlevé, drôle et pamphlétaire.

LE CHANT DE L’ISSUE  

« Quand tu n’as plus ni pain ni soupe, pour t’en tirer il te faut quoi ? / C’est l’État qu’il te faut, le renverser de bas en haut / Jusqu’à ce que tu aies ta soupe / Tu pourras alors t’inviter chez toi. » chantait François Bégaudeau lorsqu’il officiait au sein de Zabriskie Point dans la deuxième moitié des années 90. C’est un peu le même esprit que l’on retrouve dans son dernier roman, diatribe envers les bénéfices-rois et les ouvriers-fusibles. Homme fondamentalement de gauche, l’écrivain fustige l’attitude des entreprises et nous offre un roman dur où la violence économique est pointée du doigt de manière virulente. El pueblo unido jamás será vencido !


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En guerre
François Bégaudeau
En guerre
Verticales – 16/8/2018
304 pages

À Propos de l'auteur

Né à Luçon en Vendée, François Bégaudeau passe son enfance à Nantes. Le sport et le rock sont deux composantes importantes de sa vie. Le premier inspirera sont premier roman (Jouer juste,  éditions Verticales, 2003) tandis que le second le poussera sur scène pendant ses études supérieures (quatre albums de Zabriskie Point, son groupe, ont été publiés durant la seconde moitié des années 90).

Agrégé de Lettres modernes, il poursuit d'abord une carière d'enseignant avant de se tourner vers la littérature.

François Bégaudeau