George Orwell - 1984 [critique]

26/6/2018

Que l’on ait lu ou pas 1984 de George Orwell, le concept de « Big Brother » parle à tout le monde. Qui n’a jamais utilisé cette expression servant à désigner ce qui porte atteinte aux libertés fondamentales et à la vie privée des individus au moins une fois dans sa vie ? Décédé peu de temps après la publication de son roman, l’auteur anglais n’aura pas eu le privilège de voir son concept devenir une antonomase, pas plus qu’il n’aura pu profiter du succès fulgurant de ce qui allait devenir LA référence en matière de dystopie et l’un des romans les plus acclamés de tous les temps. Soixante-huit ans après la première parution française, les éditions Gallimard rééditent cet ouvrage culte dans une toute nouvelle traduction signée Josée Kamoun, traductrice chevronnée qui s’est déjà glissée dans la langue des plus grands auteurs anglo-saxons, de Virginia Woolf à Philip Roth, en passant par Jack Kerouac ou bien encore John Irving. Ou comment redécouvrir un chef-d’œuvre intemporel.


En 1984, le monde, depuis les guerres nucléaires des années 1950, est divisé en trois grands blocs qui se livrent une guerre perpétuelle pour la conquête d’un territoire plus petit et très pauvre, sorte de « Quart-monde ». Ces trois grandes puissances sont dirigées par des régimes totalitaires ayant asservi toutes les classes de leur population.

Dans l’un de ces blocs, Winston Smith, un employé du Parti Extérieur, membre de la classe moyenne, n’adhère pas aux mensonges du Parti et a conscience des manipulations de ce dernier : réécriture du passé et contrôle du présent afin de se maintenir au pouvoir et assujettir le peuple. Mais l’hétérodoxie au pays de Big Brother n’est pas bien vue, et Winston va faire les frais de ses pensées divergentes.

BIG BROTHER IS WATCHING YOU

Nous passerons rapidement sur les dissimilitudes entre l’ancienne et la nouvelle traduction (entre autres : passage du passé simple au présent, Big Brother qui ne « vous » regarde plus mais « te » regarde, le « novlangue » qui devient « néoparler », ou bien encore l’Océania rebaptisée l’Océanie), dissimilitudes qui, si elles modifient quelque peu la forme, n’altèrent en rien le fond du récit. 1984 demeure un roman glaçant, angoissant, un ouvrage puissant qui décrit un monde totalitaire dans lequel les idéologies ont triomphé de l’individu – un monde qui pourrait voir le jour demain si nous baissions la garde et notre vigilance.

L’EXPRESSION DES CRAINTES DE LA SOCIÉTÉ  

Publié en 1949, 1984 est un roman politique dirigé contre les régimes totalitaires de l’époque (l’Allemagne sort du nazisme, le régime soviétique est solidement implanté en Europe de l’Est), régimes qui faisaient de leur modèle le seul à même de garantir l’opulence du peuple qu’ils endoctrinaient en finassant. 1984 est également un roman d’anticipation qui exprime les craintes de son époque : peur de la montée du totalitarisme, de la restriction des libertés individuelles et de l’asservissement des masses – des craintes qui sont encore largement prégnantes de nos jours.

En décontextualisant son récit et en lui faisant prendre place dans le futur, George Orwell s’est donné la liberté de critiquer vertement la société de son époque et d’imaginer le pire. Cependant, vu de 2018, soit près de soixante-dix ans après son écriture, 1984 ne parait pas si futuriste que ça ; les craintes qui y sont exprimées sont toujours d’actualité de nos jours et la menace d’un monde totalitaire reniant l’individu n’a jamais été complètement éradiquée.

En définitive, quel que soit le temps de sa narration, 1984 reste une des meilleures dystopies jamais publiées, un récit glaçant car tout un chacun sait qu’il ne faudrait pas grand-chose pour que le monde qui y est décrit devienne réalité…


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1984
George Orwell
1984
Gallimard – 1950
Nouvelle traduction - 24/5/2018
384 pages

À Propos de l'auteur

George Orwell (de son vrai nom Eric Blair) est né aux Indes en 1903 et a fait ses études à Eton. Sa carrière est très variée et beaucoup de ses écrits sont un rappel de ses expériences. De 1922 à 1928 il sert dans la police indienne impériale. Pendant les deux années suivantes il vit à Paris puis part pour l'Angleterre comme professeur. En 1937 il va en Espagne combattre dans les rangs républicains et y est blessé. Pendant la guerre mondiale il travaille pour la B.B.C., puis est attaché, comme correspondant spécial en France et en Allemagne, à l'Observer. Il meurt à Londres en janvier 1950 des suites de la tuberculose.

George Orwell
George Orwell