Michel Moutot - Ciel d'acier [critique]

25/5/2020

En 2016, j'ai eu la chanche d'être sélectionné pour faire partie du jury du Prix du meilleur roman des lecteurs de Points. Une expérience enrichissante qui m'a permis de découvrir Miche Moutot car Ciel d'acier, son premier roman, faisait partie de la sélection. Et si ce dernier a finalemet gagné, c'est largement mérité car il était largement au-dessus de lot de la sélection cette année-là !



Les indiens mohawks, canadiens ou américains, vivent dans des réserves près de Montréal ou à la frontière avec les États-Unis. Lors de la construction en 1886 d'un pont sur le Saint-Laurent, ils ont appris et aimé ce métier qui les a conduits sur tous les ponts, les gratte-ciel, les buildings du continent. Depuis six générations, ils construisent l'Amérique. La légende, fausse bien sûr, veut qu'ils ne connaissent pas le vertige. Certains marchent comme des chats sur des poutres de trente centimètres de large à des hauteurs vertigineuses. Ils ont appris de père en fils à apprivoiser la peur, à respecter le danger, à vivre et travailler là où les autres ne peuvent pas s'aventurer.

VERTIGE DE L'AMOUR

Somptueux ! C'est le premier mot qui me vient à l'esprit à l'heure où je referme ce livre. Ciel d'acier est un grand roman qui mérite amplement sa place dans la collection éponyme des éditions Points. Entre information et fiction – le point fort du récit qui mêle les deux versants à la perfection, romançant des histoires au sein même de l'Histoire avec un grand H –, l'auteur rend un vibrant hommage aux ironworkers Mohawks qui ont bâti l’Amérique au péril de leur vie, en prenant part aux plus grandes constructions de ce pays, des ponts monumentaux jusqu’aux immenses buildings des plus grandes métropoles, contribuant ainsi à la démesure de l'architecture des États-Unis.

La légende dit que les indiens ne connaissent pas le vertige et que c'est la raison pour laquelle ils excellent dans ce métier, pouvant marcher sur des poutres de trente centimètres à peine surplombant un vide de plusieurs centaines de mètres sans sourciller, ce qui leur a valu le surnom de skywalkers. Ceci n'est qu'une légende et Michel Moutot se cantonne, tout en jouant avec cette légende, à nous raconter les histoire peu communes de plusieurs générations d'ironworkers appartenant à la même famille, nous faisant voyager de la fin du XIXe siècle (c'est à cette époque que les Mohawks ont embrassé la carrière qui allait faire leur renommée) jusqu'à l'édification du One World Trade Center, en passant par la catastrophe de l'effondrement du pont de Québec pendant sa construction en 1907 et le lâche attentat subit par les tours jumelles du World Trade Center en 2001, où des centaines d'ironworkers Mohawks ont participé aux opérations de sauvetage.

Ciel d'acier est un roman magnifiquement écrit (les descriptions sont criantes de vérité et donnent vraiment l'impression de vivre ce que nous lisons) qui m'a transporté de la première à la dernière ligne ; je vous le conseille vivement, vous ne serez pas déçus.


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Michel Moutot
Ciel d'acier
Arléa – 8/1/2015
530 pages

À Propos de l'auteur

Michel Moutot est reporter à l'Agence France-Presse.

Lauréat du prix Albert-Londres en 1999, correspondant à New York en 2001, il a reçu le prix Louis-Hachette pour sa couverture des attentats du 11 Septembre.

Son premier roman, Ciel d'acier, a reçu le prix du Meilleur Roman des lecteurs de Points en 2016 (j'ai eu l'honneur de faire partie du jury cette année-là).

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