Mikhaïl Boulgakov - Le Maître et Marguerite [critique]

3/8/2018

Si Le Maître et Marguerite est considéré comme l’un des ouvrages majeurs de la littérature russe du XXe siècle (il inspira bon nombre d’artistes, parmi lesquels Mick Jagger qui écrivit le texte de Sympathy for the Devil après avoir lu le roman) Mikhaïl Boulgakov, son auteur, n’est pourtant pas le plus renommé des écrivains russes. Fruit d’un labeur de douze longues années (de 1927 à 1939), Mikhaïl Boulgakov, décédé en 1940, n’a pas eu la joie de voir son travail publié – la première publication du roman date de 1967, dans une version grandement expurgée. Édité depuis dans sa version intégrale, le texte, à la fois histoire d’amour, comédie burlesque et conte fantastique, reste peu connu du grand public. Et cela est fort dommage !


Pour retrouver l’homme qu’elle aime, un écrivain maudit, Marguerite accepte de livrer son âme au diable. Ce dernier, affublé de trois compagnons plus vils les uns que les autres, sème la zizanie dans Moscou, ville où l’équipée passe quelques jours.

DIEU, DIABLE, AMOUR ET LITTÉRATURE

Fortement inspiré par Faust de Goethe, Le Maître et Marguerite aborde les thèmes de la lâcheté, de la trahison et de la rédemption, le tout sur fond de comédie burlesque mâtinée de fantastique. Les différentes exactions de Satan et sa cour sont joyeusement hilarantes et le lecteur s’en imprègne avec délectation, s’amusant comme un fou devant tant d’incongruité. Et si le récit évoque en majorité le Diable, il parle également indirectement de Dieu, de l’amour et de la miséricorde, au travers d’une plume somptueuse et de splendides images oniriques.

Complexe (l’architecture du récit, vertigineuse, donne au roman toute sa puissance) et même un peu schizophrène, Le Maître et Marguerite est un roman à double tonalité qui alterne avec talent deux styles différents : comique virulent et jubilatoire d’une part, et gravité émouvante, douloureuse ou apaisée d’autre part. La conclusion de l’œuvre de Mikhaïl Boulgakov est un véritable feu d’artifice, un bouquet final grandiose. Reprenant sans cesse son texte pendant douze ans, l’auteur russe a peaufiné un roman testamentaire qu’il ne destinait pourtant pas à publication. S’il ne l’a pas vu sur les étals des librairies de son vivant, nous pouvons le remercier d’avoir travaillé sur son roman d’arrache-pied, nous laissant en guise de legs un texte majeur.



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Le Maître et Marguerite
Mikhaïl Boulgakov
Le Maître et Marguerite
Robert Laffond – 1968
658 pages

À Propos de l'auteur

Mikhaïl Afanassievitch Boulgakov est né le 3 mai 1891 à Kiev et mort le 10 mars 1940 à Mouscou. Travaillant d'abord comme médecin lors de la Première Guerre mondiale,  la Révolution russe et la guerre civile russe, il abandonne cette profession en 1920 pour embrasser celles de journaliste et d'écrivain.

Il sera confronté tout au long de sa carrière à la censure soviétique.

Mikhaïl Boulgakov