Naomi Alderman - Le Pouvoir [critique]

18/1/2018

Récompensé outre-Manche par le Bailey's Women Prize for Fiction, Le Pouvoir, quatrième roman de Naomi Alderman, investit les librairies françaises en ce début d’année 2018. Ce thriller futuriste est le premier roman de science-fiction à remporter ce prestigieux et généreux (30 000 livres de dotation) prix littéraire britannique.


Dans un futur indéterminé et à la suite d’une mutation génétique, les femmes se découvrent soudainement dotées, comme certaines anguilles, du « pouvoir » d’envoyer des décharges électriques. Pouvant dorénavant se défendre et blesser – voire tuer – du bout des doigts, elles ne craignent alors plus de se promener à n’importe quelle heure du jour et de la nuit et de se faire importuner pas des individus irrévérencieux. La peur change alors de camp et s’empare des hommes. Devenus le « sexe faible » et désormais à la merci des femmes, ils craignent que ces dernières se débarrassent d’eux et ne gardent que les mâles génétiquement parfaits afin de procréer.


I’VE GOT THE POWER

Dans Le Pouvoir, Naomi Alderman imagine donc une société où les femmes ont l’ascendant sur les hommes, l’antithèse parfaite de La Servante écarlate, le célèbre roman de Margaret Atwood. Ce n’est d’ailleurs certainement pas un hasard si cette dernière est citée sur la couverture du quatrième roman de sa consœur où elle qualifie l’ouvrage d’« électrisant » – un raccourci un peu facile.

Présenté à tort comme un roman féministe (les femmes au pouvoir y sont tout aussi outrancières que les hommes), Le Pouvoir est surtout une réflexion sur la notion même de pouvoir ; il interroge sur ce concept qui est le sujet principal du récit : qui a le pouvoir, pourquoi, et une fois qu’il est entre les mains de quelqu’un, combien de temps met-il à corrompre son détenteur ? Une phrase présente dans le livre schématise bien ce qu’est le pouvoir pour l’auteure : « Pourquoi ont-ils fait ça ? Parce qu'ils le pouvaient. C'est la seule réponse qui sera jamais ».


LE POUVOIR CHANGE DE MAINS MAIS LES ABUS SONT LES MÊMES

Le récit évoque à de nombreuses reprises les torts faits aux femmes dans « l’ancien monde », toutes les formes de violence qu’elles ont eu à subir, pour mieux montrer que les femmes détentrices du pouvoir reproduisent exactement le même schéma sur les hommes, victimes des pires atrocités (le roman comporte des scènes de barbarie crasse). La soif de vengeance, le besoin organique de représailles sont plus fortes que la raison et la sagesse – la guerre sera la seule réponse possible des hommes à cela.

Pas désagréable à lire malgré une écriture somme toute banale, Le Pouvoir est plombé par une fin sans queue ni tête. Naomi Alderman ne savait manifestement pas comment finir son roman et a donc opté pour une fin ex abrupto sans réel dénouement. « Tout ça pour ça » est le sentiment frustrant qui prédomine au moment de refermer le livre…


Le Pouvoir
Naomi Alderman
Le Pouvoir
Calmann Levy – 3/1/2018
400 pages
21,50 €

Naomi Alderman
Naomi Alderman
Naomi Alderman
Naomi Alderman