Pierre Lemaitre - Couleurs de l'incendie [critique]

22/1/2018

Dire que Couleurs de l’incendie, le deuxième volet de la trilogie initiée par Pierre Lemaitre avec Au revoir là-haut, prix Goncourt 2013 écoulé à 600 000 exemplaires en France et brillamment adapté au cinéma par Albert Dupontel, était attendu est un euphémisme. Dire que c’est un euphémisme de dire que ce roman était attendu est également un euphémisme ! Plus que d’attente, d’ailleurs, on peut même parler de trépignement. De crainte, également : la crainte que ce deuxième tome ne soit pas à la hauteur du premier. Mais Pierre Lemaitre rassure le lecteur dès les premières pages, anthologiques, qui ouvrent un roman qui s’avère passionnant de bout en bout.


Paris, février 1927. À la suite du décès de Marcel Péricourt, Madeleine, sa fille, prend la tête de l’empire financier bâti par son père et dont elle est l’unique héritière depuis la mort de son frère. Mais, le jour de l’enterrement de son grand-père, Paul, le fils de Madeleine, se jette du deuxième étage de la demeure familiale. Madeleine va alors mettre toute son énergie à s’occuper de son enfant devenu paraplégique. Délaissant la gestion de ses affaires, elle ne voit pas venir la machination dont elle est victime et qui va la ruiner. Déployant des trésors d’intelligence, d’énergie et de machiavélisme, Madeleine va reconstruire sa vie et tout faire pour se venger de ceux qui ont causé sa perte. 


COULEURS DU TALENT

La première chose à souligner concernant Couleurs de l’incendie est que si le roman est en effet le second volet d’une trilogie, il peut malgré tout se lire sans avoir parcouru le premier tome, l’histoire étant totalement indépendante. Le personnage de Madeleine Péricourt sert à lier les deux volumes entre eux, mais la non connaissance des événements du premier ne gâteront en rien la lecture du second. Précision importante pour éviter à ceux qui n’ont pas lu Au revoir là-haut de passer à côté d’un ouvrage qu’il serait fort dommage de ne pas lire.

Car dans ce roman palpitant mené de main de maître, Pierre, le maître, offre au lecteur une plongée en apnée dans un drame familial où la félonie le dispute à la vengeance, l’érudition à l’imaginaire, et la puissance de l’intrigue à la magnificence de la plume de l’auteur. Les nombreux personnages qui traversent le récit sont tous, sans exception, formidablement construits, psychologiquement fouillés et tous plus fascinants les uns que les autres. Mêmes les plus retors ! Un plaisir permanent.

Mais Couleurs de l’incendie est avant tout l’histoire d’une femme, Madeleine Péricourt. Une femme qui a tout perdu et qui va devoir tout reconquérir, à commencer par sa vie. Personnage très travaillé, elle prend une dimension qu’elle n’avait pas dans Au revoir là-haut, où elle campait un personnage très secondaire. À travers elle, c’est également la condition des femmes de l’entre-deux guerres que Pierre Lemaitre dépeint.


COULEURS D’UN CHEF-D’ŒUVRE

Longtemps cantonné au récit policier, Pierre Lemaitre a brillamment réussi sa métamorphose littéraire. Après le fulgurant succès de Au revoir là-haut, l’auteur remet le couvert et signe un nouveau roman passionnant en tout point. Une fois plongé dans Couleurs de l’incendie, impossible de lâcher le livre qui colle aux mains. Le lecteur est happé par le récit qui accapare son esprit et le tourneboule – impossible de s’en détacher, même l’ouvrage fermé ; pas d’autre choix alors que de le reprendre en main et de l’avancer. Un signe qui ne trompe pas : nous faisons face à un chef-d’œuvre, assurément.

Couleurs de l’incendie est un roman comme on en lit peu qui a toute sa place aux côtés des plus grands classiques de la littérature française. Vivement le troisième volet !


Couleurs de l'incendie
Pierre Lemaitre
Couleurs de l'incendie
Albin Michel – 3/1/2018
544 pages
22,90 €

Pierre Lemaitre
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