Revenge [coup de cœur]

14/2/2018



Le cinéma de genre est peu représenté en France et c’est bien dommage, tant ce dernier est souvent bien plus intéressant que les blockbusters qui phagocytent le septième art depuis le début du XXIe siècle. Très souvent synonyme de plongeon dans le grand bain du long-métrage, Revenge ne déroge pas à la règle puisqu’il s’agit du premier film de sa réalisatrice, Coralie Fargeat. Et c’est peu dire que la mise en scène inspirée de la cinéaste et son scénario gore à souhait font de ce rape and revenge une série B bien plus que simplement sympathique.

Revenge


Trois riches associés, mariés et bons pères de famille, se retrouvent comme tous les ans dans une villa luxueuse en plein désert pour une partie de chasse. L’un deux arrive sur place quelques jours plus tôt avec sa jeune maitresse, une lolita ultra sexy. Celle-ci est censée repartir avant l’arrivée des deux associés de son amant, mais ces derniers débarquant un jour plus tôt que prévu, ils font la connaissance de la jeune fille et passent une soirée avec elle. Ne pouvant résister aux charmes capiteux de la belle, les choses dérapent… Laissée pour morte dans le désert par les trois hommes après avoir été violée, la jeune femme reprend connaissance et, bien décidée à se venger, s’engage dans une impitoyable chasse à l’homme. 

Revenge


CHASSE À L’HOMME VINDICATIVE EN BIKINI SOUS UN SOLEIL DE PLOMB

Le premier tour de force de Coralie Fargeat est d’avoir réussi à éviter les écueils qui auraient fait basculer son excellente série B en une pénible série Z. Si Revenge a été tourné avec un budget famélique au regard des grosses productions françaises (deux millions d’euros contre trente-deux millions pour le récent Raid dingue, par exemple), les comédiens sont plutôt bons, Matilda Lutz en tête et exception faite de Vincent Colombe qui surjoue un poil mais sans que cela ne soit trop pénalisant pour le film malgré tout, et les divers aspects techniques (montage, effets spéciaux, photographie, etc.) tirent largement leur épingle du jeu.

Pendant féminin du John Rambo du premier volet de la franchise, l’héroïne survit dans un milieu hostile sans nourriture ni eau et à peine vêtue ;  sa vengeance sera radicale et sans concession, le récit de celle-ci énergique, décomplexé et cathartique.

Revenge


EFFETS DE MISE EN SCÈNE SOMPTUEUX

Très violent, Revenge offre quelques scènes sanglantes savamment mises en scène. La réalisation est d’ailleurs le point fort du film car le scénario, avouons-le, tient sur un timbre-poste – ce n’est cependant pas un défaut, juste une caractéristique inhérente au rape and revenge. Moderne et rythmée, la mise en scène plonge complètement le spectateur dans le film ; jouant sur les couleurs chaudes (la photographie est splendide, la saturation de l’image lorgnant vers le Mad Max : fury road de George Miller) du désert et des canyons, elle porte à l’écran des images de toute beauté : paysages sublimes et corps nus magnifiés, les deux renvoyant aux instincts primaires. Si elle ne réinvente pas le genre – on sent même les influences, de Tarantino à Kounen –, Coralie Fargeat prend des risques (notamment avec quelques très gros plans artistiques bien sentis) et signe une œuvre qui sort des sentiers battus, apportant, quelques mois après Julia Ducornau avec Grave, sa pierre au renouveau du cinéma de genre français.

Le tout est porté par une excellente bande-son électro composée par l’artiste français Rob, bande-son qui ajoute à l’ambiance pesante et où les élans de basse rythment les rebondissements de l’intrigue.

Revenge

EN RÉSUME

Série B jubilatoirement gore, Revenge maîtrise son genre et en met plein les yeux grâce à une réalisation soignée et à une photographie qui donne une dimension grandiose aux décors naturels désertiques où se déroule l’action.


Revenge
Un film de Coralie Fargeat
2018

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