Sylvain Coher - Vaincre à Rome [critique]

23/8/2019


Les récits d'exploits sportifs réels ne sont pas légion dans la littérature. Pourtant ces derniers ont parfois toute la dramaturgie nécessaire à un bon roman. Dans Vaincre à Rome, Sylvain Coher nous conte celui de Abebe Bikila, champion olympique du marathon en 1960, à Rome. Et il nous le conte avec talent et grâce.


Rome, samedi 10 septembre 1960, 17 h 30. Dans deux heures, quinze minutes et seize secondes, Abebe Bikila va gagner le marathon olympique. En plus de battre le record du monde en terre italienne plus de vingt ans après la prise d’Addis-Abeba par Mussolini, le soldat éthiopien va courir les quarante-deux kilomètres et cent quatre-vingt-quinze mètres pieds nus. « Vaincre à Rome, ce serait comme vaincre mille fois », a dit Hailé Sélassié. Vaincre pieds nus, c’est comme jouer sur les pistes des hauts plateaux abyssins. En pleine période de décolonisation et de démembrement des empires européens, un jeune Africain remporte l’or et couronne tout un continent.


LIRE N'A JAMAIS ÉTÉ AUSSI SPORTIF

« Lire comme on court est le pari de ce livre. » Cette phrase est signée Sylvain Coher et on ne peut lui répondre rien d'autre que : pari réussi ! Adepte moi-même de la course à pied, j'ai vraiment eu l'impression, en lisant ce livre, de courir avec Abebe Bikila tant le récit restitue parfaitement les sensations du coureur. J'ai même, à un moment donné, eu envie de poser le livre pour chausser mes baskets et sortir faire un run, c'est vous dire ! 

Mais Vaincre à Rome n'est pas qu'un roman sur le sport, loin de là ; c'est aussi et surtout le récit d'un destin hors du commun, celui de Abebe Bikila, un athlète éthiopien qui va devenir le premier champion olympique africain de l'histoire alors qu'il n'était, au départ, même pas qualifié pour les Jeux – il ne devra sa participation de dernière minute qu'à la blessure d'un coéquipier. Vaincre à Rome est également le récit du triomphe d'un athlète éthiopien en terre italienne, un athlète porté par un tout un peuple qui porte encore les stigmates de la colonisation sanglante de leur pays par l'Italie fasciste de Mussolini. Vaincre à Rome est un roman aussi véloce que son héros.

Léonard Desbrières, dans son article paru dans le numéro de Lire spécial rentrée littéraire, a parfaitement résumé l'essence de ce roman : « Avec ce brillant Vaincre à Rome, lire n'a jamais été aussi sportif. » Tout est dit.


A LIRE AUSSI SUR LITTÉRATURE & CULTURE

Vaincre à Rome
Sylvain Coher
Vaincre à Rome
21/8/2019 - Actes Sud
192 pages

À Propos de l'auteur

Né en 1971, Sylvain Coher vit à Paris et à Nantes, selon le vent et l’état de la mer. Après des études de lettres modernes, il a successivement été moniteur de voile, surveillant d’internat, libraire, éditeur, maçon et chômeur. Depuis 2001, il intervient lors de rencontres ou de lectures publiques et anime régulièrement des ateliers d’écriture.

Pensionnaire à la Villa Médicis 2005-2006, il est l’auteur chez Actes Sud de Hors Saison (2002), Carénage (2011), Nord-nord-ouest (2015 ; prix Ouest-France / Étonnants Voyageurs, prix des Mémoires de la mer, prix Encre Marine, prix de la bille d’Asnières) et Trois cantates policières (2015).

Sylvain Coher