Virginie Despentes - Vernon Subutex, 1 [critique]

4/6/2018

Cinq ans après Apocalypse Bébé, prix Renaudot en 2010, Virginie Despentes revient avec Vernon Subutex, 1, le premier tome d’un projet d’envergure : une trilogie sociétale dénonçant les travers de notre société en racontant l’histoire d’un disquaire obligé de mettre la clé sous la porte et se retrouvant en situation précaire à un âge avancé. L’idée est venue à Virginie Despentes en voyant autour d’elle des gens se retrouver dans des situation compliquées à la cinquantaine. Et une chose est certaine à la lecture de ce premier tome, l’auteure est en forme !


Vernon Subutex était un des disquaires parisiens les plus en vue des années 80. Mais, à cause de la crise du disque et malgré ce passé glorieux, il doit fermer sa boutique. Dès lors, passif et indolent, il reste cloîtré chez lui, passant ses journées sur internet et survivant, un temps, grâce aux aides sociales. Alex Bleach, célèbre chanteur de rock rencontré dans sa boutique durant les années 80 qui ne l’a pas laissé tomber malgré le succès, l’aide de temps en temps financièrement pour payer son loyer. Mais lorsque ce dernier va décéder brutalement, Vernon, privé de revenu, ne va pas tarder à se faire expulser de son appartement. Commence alors pour lui la galère et les squattages à droite à gauche, chez ses anciens amis.

PORTRAIT D’UNE SOCIETE TRISTE ET DÉPRESSIVE

Au travers d'une série de portraits hauts en couleur – les gens que Vernon Subutex va croiser et rencontrer durant sa chute –, Virginie Despentes dresse une critique virulente et acerbe de notre société, en même temps qu’elle scanne cette dernière – une radioscopie âpre remarquablement incarnée. Une fresque sociale de notre époque, décortiquant les violences faites aux individus quels qu’ils soient : homme ou femme, bourgeois ou prolétaire, quinqua ou adolescent, gosse de riche ou de banlieue, dominant ou dominé, etc…

Le décor de cette comédie humaine ? Un Paris délétère dans les rues de laquelle Vernon finira par atterrir pour mendier sa vie. Avec un sens de l’observation aigu, Virginie Despentes ne fait aucune concession. D’une écriture trash et tranchante, la romancière livre un récit brut de décoffrage, et c’est particulièrement jouissif !



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Vernon Subutex, 1
Virginie Despentes
Vernon Subutex, 1
Grasset – 7/1/2015
400 pages

À Propos de l'auteur

Née à Nancy en 1969, Virginie Despentes, après avoir exercé nombres de petits boulots, fait une entrée en littérature fracassante en 1993 avec Baise-moi, un premier ouvrage choc.

Elle a depuis publié neufs romans et en a adapté elle-même deux au cinéma (Baise-moi et Bye-bye Blondie).

Elle est également membre de l'académie Goncourt depuis 2016.