Virginie Despentes - Vernon Subutex, 3 [critique]

4/6/2018

Il aura donc fallu patienter deux longues années pour pouvoir enfin déguster le tome final de la trilogie Vernon Subutex, le deuxième volume ayant été publié en juin 2015. Initialement prévu pour janvier 2016, Virginie Despentes explique dans une interview aux Inrocks que si elle connaissait la fin de son récit dès le début du processus d'écriture, les funestes événements du 13 novembre 2015 l'ont bloquée pendant un long moment, repoussant la sortie de ce Vernon Subutex, 3. Elle a alors voulu changer l'histoire, est partie vers d'autres pistes et a perdu du temps – pour rien. Toujours dans cette même interview, elle se désole du fait que les choses aient changé du tout au tout entre le 7 janvier 2015, date de la sortie de Vernon Subutex, 1, et aujourd’hui, et explique que faire rentrer tous ces changements dans son récit a été complexe et perturbant. Quoiqu’il en soit, l'attente en valait la peine, tant Virginie Despentes clôt brillamment sa trilogie en mettant un point final édifiant à sa comédie humaine.


Ce troisième tome débute quelque temps après les événements relatés dans le deuxième volume. Les personnages, réunis autour de Vernon Subutex dans une espèce de communauté squattant des lieux désaffectés, vivent leur utopie à base de soirées dansantes nommées « convergences », soirées dansantes où les âmes et les esprits « s'élèvent » de manière inexpliquée. Mais l'harmonie du groupe va se trouver mise à mal par un héritage tombé du ciel...

LA MISANTHROPE

Virginie Despentes confesse que sa colère est une colère de vaincue. Il est vrai que son récit regorge de haine et de ressentiment, et que l’œil qu'elle porte sur notre société est acerbe et froid, mais tellement juste ! Il est aisé de comprendre à la fois sa colère et sa résignation – il est admirable de voir que certaines personnes se battent encore la quarantaine passée, mais force est de reconnaître que la majorité des gens a perdu foi en l'humanité depuis bien longtemps déjà. Et ce ne sont pas les terribles événements qui endeuillent notre planète depuis plus de trois ans (que l'auteure incorpore à son récit de manière saisissante) qui vont faire changer d'avis ces résignés, bien au contraire...

Comme à son habitude, Virginie Despentes a truffé son récit de références musicales, profitant de l'occasion pour rendre hommage à David Bowie, Prince et Leonard Cohen, tous trois décédés en cours d'écriture. Ces références musicales égayent un récit noir qui sonde les fossés qui divisent notre société. Pessimisme est un mot qui pourrait fort bien résumer l’atmosphère qui émane de Vernon Subutex, 3. Plus encore que pour les deux précédents tomes. Si l'écriture est ici un poil moins trash et directe, c'est justement parce que le propos est beaucoup plus sombre, plus inquiet ; beaucoup plus alarmiste encore que dans les précédents volumes. De plus, sans la dévoiler, la fin du roman est surprenante et l’auteure nous emmène là où nous ne l'attendions pas du tout.

La trilogie Vernon Subutex maintenant achevée, nous pouvons affirmer que cette dernière est la pièce maitresse de l’œuvre de Virginie Despentes ; cette fresque trash, magistrale, fulgurante, constitue assurément son acmé. On n’est pas loin du chef-d'œuvre, vraiment !


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Grasset – 24/5/2017
400 pages

À Propos de l'auteur

Née à Nancy en 1969, Virginie Despentes, après avoir exercé nombres de petits boulots, fait une entrée en littérature fracassante en 1993 avec Baise-moi, un premier ouvrage choc.

Elle a depuis publié neufs romans et en a adapté elle-même deux au cinéma (Baise-moi et Bye-bye Blondie).

Elle est également membre de l'académie Goncourt depuis 2016.

Virginie Despentes

Virginie Despentes
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