Baron noir - saison 2 [décryptage]

11/2/2018


Suite au succès de la première saison de Baron noir, Canal+ a rapidement mis en chantier la suite des manigances politiques de Philippe Rickwaert. Produite pendant l’élection présidentielle de 2017, cette seconde saison est très largement inspirée du visage politique français actuel et des bouleversements apportés par l’iconoclasme d’Emmanuel Macron. Ces huit nouveaux épisodes mettent donc en scène la décomposition du monde politique.

Baron noir saison 2


DE QUOI ÇA PARLE ?

Pour « sauver la République » prise en étau entre l’extrême-droite et le fanatisme religieux, Amélie Dorendeu (Anna Mouglalis), candidate à l’élection présidentielle, suit la stratégie très risquée de Philippe Rickwaert (Kad Merad), tout juste sorti de prison et contraint à être un conseiller clandestin dans l’attente de son procès. Élue présidente, elle décide de créer un choc démocratique en tentant de mettre fin au clivage gauche-droite en ouvrant son gouvernement à tous. C’est dans cette optique qu’elle nomme au poste de Premier ministre Stéphane Thorigny (Pascal Elbé), le chef de file du parti centriste. Mais certaines forces en place ne voient pas d’un bon œil cette refonte de l’échiquier politique. C’est le cas de Michel Vidal, dissident du PS qui a fondé son propre parti sans concession, Debout le peuple, et bien décidé à mener l’opposition.

Baron noir saison 2


UNE RÉALISATION TROP FRÉNÉTIQUE

Filmée presque entièrement à la steadycam, la série bénéficie dans un premier temps, grâce à ce système, d’un mouvement permanent permettant de happer le téléspectateur dans l’action, ne lui laissant aucun répit. Alternative astucieuse aux traditionnels champs/contrechamps, le mouvement rotatif imprimé par la caméra permet d’imprégner à chaque plan la tension de l’intrigue. Et puis, au fil des épisodes, cet usage systématique  finit par lasser ; c’est dommage car ce qui était une force devient alors une faiblesse. Plus de parcimonie aurait permis d’éviter cette défectuosité.

Malgré cela, la réalisation reste de bonne facture, alerte et ingénieuse. La photo n’est pas transcendante mais fait le taf, et les décors somptueux de la République française en mettent plein la vue.

Baron noir saison 2


CHÂTEAU DE CARTES ET EFFET DE RÉEL

Au diapason de son interprétation dans la première saison, Kad Mérad joue juste et convainc dans son rôle de politicien retors, tout comme l’ensemble du casting, d’ailleurs. Il faut dire que la distribution est de qualité, de François Morel et Pascal Elbé qui ne sont pas des néophytes et dont le talent n’est plus à prouver, en passant par Alain Bouzigues, Patrick Mille ou encore Patrick Rocca, moins connus mais tout aussi talentueux.

S’appuyant sur des faits réels (la décomposition du monde politique en marche depuis l’élection d’Emmanuel Macron), le scénario est d’autant plus crédible qu’il s’inspire justement très largement de la réalité, ce qui donne à la série un côté « réel » très agréable. Difficile de ne pas voir Emmanuel Macron dans le personnage interprété par Anna Mouglalis ou Jean-Luc Mélanchon dans celui campé par François Morel. Tactiques politiques, compromis et magouilles, les personnages – épais et plus vrais que nature –baignent dans l’univers impitoyable du pouvoir.

Baron noir saison 2

EN RÉSUMÉ

Brillamment interprétée et scénarisée, cette seconde saison de Baron noir est galvaudée par une réalisation qui se veut dynamique mais qui pêche par excès et finit par lasser.


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