Ernest Hemingway - Le Vieil homme et la mer [critique]

7/4/2018


Difficile, voire impossible, de connaître les critères d’attribution du prix Nobel de littérature pour les pauvres profanes exclus du cénacle que nous sommes. C’est pourquoi, régulièrement, le choix de l’Académie suédoise est, si ce n’est décrié, à tout le moins discuté. La controverse la plus récente a eu lieu en 2016 lorsque le prix fut attribué à Bob Dylan, certes auteur-compositeur de talent, mais pas écrivain au sens strict du terme. Ernest Hemingway, en son temps, eut également à subir bon nombre de sarcasmes lorsqu’il reçut le fameux prix en 1954 suite à l’énorme succès de Le Vieil homme et la mer, d’aucuns considérant qu’il n’avait rien publié de qualité depuis Pour qui sonne le glas, quatorze ans auparavant. Six décennies plus tard, l’auteur est unanimement reconnu et plusieurs de ses romans, dont Le Vieil homme et la mer, ont été élevés au rang de classiques de la littérature américaine. À tort ou à raison ? Comme souvent, la vérité se situe entre les deux.


Santiago est un vieux pêcheur cubain qui n’a rien pris depuis 84 jours. Pour cette raison, les parents de Manolin, un jeune garçon qui seconde habituellement Santiago, décident que leur fils ira tenter sa chance sur une autre embarcation. Très lié au vieil homme, le garçon rend visite à son mentor tous les soirs pour l’aider à réparer ses filets. Un jour, le vieil homme explique à Manolin qu’il va partir loin dans le golfe pour mettre fin à sa malchance et ramener enfin un poisson. A l’aube du 85ème jour, il prend ainsi le large et va tomber sur un adversaire redoutable, un poison hors normes avec qui il va engager un combat qui durera trois jours et deux nuits.


UNE TRADUCTION REMISE EN CAUSE

S’il peut être difficile de comprendre l’engouement autour du roman bien que le plaisir de lecture est réel, il faut peut-être chercher du côté de la traduction. Fortement décriée car dépassée, la traduction originale de Jean Dutourd privilégiait la langue cible au détriment de l’esprit du texte originel. Il avait ainsi décidé de faire parler le vieil homme dans un style familier et fruste alors que dans la version originale ce dernier s’exprime de manière littéraire. Ce n’est d’ailleurs sûrement pas un hasard si les éditions Gallimard – propriétaires des droits du roman – ont commandé en 2017 une nouvelle traduction de Le Vieil homme et la mer à Philippe Jaworski, professeur émérite de littérature américaine à qui on doit notamment les traductions revisitées de Jack London, Herman Melville, Mark Twain et F. Scott Fitzgerald. Malheureusement pour les lecteurs les moins fortunés, cette nouvelle traduction n’est pas (encore) celle disponible au format poche.


UN UNIVERS MINIMALISTE 

Est-il pour autant possible d’apprécier le roman dans sa traduction originale ? Bien sûr ! Son univers minimaliste – un homme, une barque, la mer et un poisson – et lyrique entraîne le lecteur avec le vieil homme, l’installe à ses côtés dans son embarcation et lui fait prendre part au combat acharné que le pêcheur livre avec le poisson. Le lecteur se projette à ce point car l’univers décrit par Hemingway, si minimaliste soit-il, n’en reste pas moins réaliste et prenant. Récit épique et allégorique, Le Vieil homme et la mer se rapproche du conte et, finalement, peu importe si Jean Dutourd a pris des libertés avec le texte original, l’essence même de ce dernier est bien présente dans la traduction, et ce malgré le contour différent donné au vieil homme.

Le Vieil homme et la mer est donc un roman qu’il ne faut pas hésiter à parcourir, les quelques heures que vous prendra sa lecture seront loin de vous être désagréables.



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