Hostiles [coup de cœur]

20/3/2018



Si la plupart des acteurs qui s’essayent à la réalisation continuent de tourner entre deux mises en scène, Scott Cooper a pour sa part décidé de mettre un terme à sa carrière devant la caméra lorsqu’il a pris place derrière cette dernière. Par ailleurs scénariste des quatre longs métrages qu’il a réalisé, Scott Cooper, pour son premier long-métrage en 2009, a offert un rôle en or à Jeff Bridges qui a décroché l’Oscar du meilleur acteur pour sa prestation dans le splendide Crazy Heart. Dans Hostiles, c’est à Christian Bale que le cinéaste propose un rôle de premier rang, un rôle où l’acteur britannique, bien qu’interprétant un personnage taiseux, peut laisser s’exprimer tout son talent.

Hostiles


En 1892, le capitaine Joseph J. Blocker (Christian Bale), légende de la cavalerie, se voit chargé d’une mission qu’il répugne à accepter. En pour cause, après avoir combattu les indiens tout au long de sa carrière militaire, il se trouve dans l’obligation d’escorter un chef de guerre cheyenne mourant (Wes Studi) et sa famille sur leurs terres tribales natales afin que le patriarche puisse y rendre son dernier souffle. Malgré l’antipathie réciproque, les militaires et les Cheyennes vont devoir faire preuve de solidarité et d’entraide durant leur périlleux voyage entre le Nouveau-Mexique et le Montana afin de survivre aux nombreux dangers qui les guettent.

Hostiles


FAR-WEST, TON UNIVERS IMPITOYABLE

Tourné en décors naturels dans le Colorado et au Nouveau Mexique, Hostiles décrit un Far-West qui se veut impitoyable, un Far-West qui convoque facilement la vengeance et la cruauté, un Far-West où la violence peut surgir à tout moment – à l’extérieur comme à l’intérieur d’un groupe. La terrifiante scène introductive est à ce sens évocatrice de l’ambiance oppressante et délétère qui règnera tout au long des 2h15 que dure le film ; le spectateur traverse le métrage en apnée.

Le périple, lent mais jamais ennuyeux, à travers ces somptueux paysages naturels amples et sauvages filmés par une caméra inspirée, ainsi que le souci de réalisme de Scott Cooper quant au dialecte des Cheyennes (Christian Bale l’a appris pour l’occasion) et de leurs coutumes, font de ce western un film authentique et puissant.

Hostiles


ABSENCE DE MANICHÉISME

Le cinéaste américain s’évertue à démonter la figure du gentil cow-boy et du méchant indien et montre que la notion de frontière entre les hommes s’efface quand la survie entre en jeu et que la solidarité est nécessaire. Là est tout l’enjeu d’Hostiles : est-ce que deux hommes que tout oppose et qui se sont livrés à une guerre sans nom vont finir par se respecter et comprendre que la vision qu’ils avaient l’un de l’autre était biaisée par autrui ? Cet angle du récit est parfaitement maîtrisé par Scott Cooper qui, de plus, dirige ses acteurs avec brio et permet au casting du film de livrer des performances de haute volée. Et notamment Christian Bale, impressionnant dans le rôle d’un homme qui voit ses convictions s’effriter et qui, à mesure que le film avance, dévoile une fragilité qu’on ne soupçonnait pas.

La splendide partition composée par Max Richter achève d’immerger le spectateur dans cet ouest américain sauvage et toxique ; douce et délicate, la musique sait se faire oublier lorsque les sons de l’image (souffle du vent, hennissement des chevaux, etc.) doivent se faire entendre, pour mieux venir appuyer la réalisation aux moments opportuns.

La Forme de l'eau

EN RÉSUME

Western puissant, grave et majestueux, Hostiles est un film qui prône l’altruisme et le sacrifice. Un film splendide qui restera dans les annales du genre.


Hostiles
Un film de Scott Cooper
2018

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