Jean-Christophe Grangé - La Terre des morts [critique]

25/5/2018

Pour son treizième roman, Jean-Christophe Grangé emmène ses lecteurs sur des chemins ténébreux menant dans les bas-fonds de la nature humaine. Pour aller au bout de cette enquête policière sordide, il vous faudra ne pas répugner à traverser un univers glauque, un univers particulièrement malsain. Polar sombre réunissant tous les ingrédients qui font le succès du genre, La Terre des morts fait un carton en librairie depuis sa sortie le 2 mai. Et si le roman ne parvient pas à tenir en haleine de bout en bout, il n’en reste pas moins de bonne facture et ne tombe pas des mains.



Le commandant Corso est un flic réputé mais à la vie personnelle compliquée. En instance de divorce, il se déchire avec sa future ex-femme pour la garde de Thaddée, leur fils de dix ans. En aucun cas il ne veut que celle qui a pourtant partagé sa vie de si nombreuses années récupère, comme elle le réclame, le droit exclusif d’élever leur progéniture, de peur que cette dernière transmette à l’enfant sa passion pour les sévices – ses goûts en matière de sexe sont pour le moins particulier, flirtant avec le versant extrême du masochisme.

Lorsqu’on le charge d’enquêter sur une série de meurtres de strip-teaseuses, le flic pense faire face à une affaire des plus classiques malgré le côté bondage des homicides : les filles sont en effet retrouvées ligotées d’une manière propre à la pratique. Mais le commandant Corso va vite se rendre compte que son enquête sera plus difficile que prévu et que, pour pouvoir faire toute la lumière sur cette affaire, il va devoir plonger au plus profond du côté le plus obscur des pratiques sexuelles.


ENCYCLOPÉDIE DES PERVERSIONS SEXUELLES

Si vous êtes plutôt du genre pudibond et que vos goûts en matière de sexe sont des plus classiques, la lecture de La Terre des morts risque, au choix, de vous choquer ou d’attiser vos sens ; bondage, shibari, glory hole, chevillage, sugar baby, sadomasochisme, nécrophilie : Jean-Christophe Grangé dresse une liste – non exhaustive – des déviances sexuelles et se fait un malin plaisir à plonger ses personnages dans ces univers dépravés, au grand dam de ces derniers, choqués (ou pas…) par tant de perversion.

Jean-Christophe Grangé s’est parfaitement documenté (« La morale se définit à partir du consentement. J’ai appris à respecter et surtout, ne pas juger ces pratiques. » explique-t-il en interview à propos des pratiques SM décrites dans son livre) et ce décor déviant se fond parfaitement et, surtout, de manière réaliste à l’intrigue.


CAHIER DES CHARGES RESPECTÉ 

Mais le roman ne doit pas se résumer à cet univers glauque. Le livre est avant tout un polar avec tous les ingrédients inhérents au genre : suspense, rebondissements, action, sang, sexe, flic borderline, tout y est. La galerie de personnages croquée par l’auteur des Rivières pourpres est haute en couleur et donne de l’épaisseur au récit. Le rythme est soutenu et Jean-Christophe Grangé s’amuse à emmener son lecteur sur de fausses pistes pour mieux le perdre, jusqu’au dénouement inattendu et bien ficelé, si l’on peut dire !

Pas le polar du siècle, mais un bon divertissement malgré tout.


A LIRE AUSSI SUR LITTÉRATURE & CULTURE

La Terre des morts
Jean-Christophe Grangé
La Terre des morts
Albin Michel – 2/5/2018
560 pages

Jean-Christophe Grangé
Jean-Christophe Grangé
Jean-Christophe Grangé
Jean-Christophe Grangé
Jean-Christophe Grangé
Jean-Christophe Grangé