Katherine Dunn - Amour monstre [critique]

20/1/2019

Amour monstre – il paraîtrait que Tim Burton ne jure que par ce livre. Cela peut aisément se concevoir, tant l'univers du réalisateur est proche de celui du roman de Katherine Dunn. Paru en 1989 aux États-Unis et publié en France l’année suivante dans une édition depuis fort longtemps disparue du catalogue de l'éditeur d'origine (les éditions First), les éditions Gallmeister ont eu, pour la rentrée littéraire 2016, la brillante idée de proposer aux lecteurs français une nouvelle traduction de ce chef-d'œuvre. De plus, non content de nous servir un récit grandiose, le contenant, comme toujours chez cet éditeur, est à l'avenant du contenu : somptueux ! Couverture splendide, papier de qualité et police d'écriture des plus agréables à lire font de cet ouvrage un livre que l'on touche avec plaisir et délectation.


Ce magnifique roman nous plonge au cœur de la joyeuse famille Binewski ; Al et Lil, les parents, gèrent le Binewski's Carnival Fabulon, un spectacle itinérant qui s'est fait une spécialité des performances mettant en scène des phénomènes de foire. Aussi, lorsque l'affaire se trouve au bord de la faillite, Al et Lil décident d'engendrer eux-mêmes les plus monstrueux des phénomènes en faisant subir à Lil un régime à base d’amphétamines et de radiations. De ce cocktail détonnant naîtront cinq monstres fabuleux : Arturo, l'aîné doté de nageoires ; Iphy et Elly, sœurs siamoises et musiciennes talentueuses ; Oly, naine bossue et albinos ; et enfin Chick, le petit dernier qui semble normal en apparence, mais en apparence seulement... L'arrivée de cette fratrie va relancer l'affaire familiale qui va alors prendre un essor inespéré ; mais le succès engendre les jalousies et ce, même au sein d'une famille unie.

L'AMOUR DU FREAK

D’une plume inspirée, Katherine Dunn fait vivre sa petite boutique des horreurs en mettant en parallèle deux récits. L’un reprend la genèse de la famille, rapportée par Oly sur un ton saugrenu et l’autre, au présent, met en scène une Oly plus âgée veillant à la fois sur sa fille et sa sur sa mère vieillissante. Le premier renverse les repères classiques et les interroge, jugeant la normalité à l’aune de la monstruosité, tandis que le second comporte une trame plus cruelle sur les conflits générationnels.


ÉLOGE TROUBLANT DE LA DIFFÉRENCE

Porté par une histoire hors-norme, savamment écrite et brillamment composée, Amour monstre est un roman qui transporte comme rarement. Katherine Dunn interroge avec brio sur la beauté et la laideur, l’ordinaire et l'extraordinaire, le sacré et l'obscène. Sa plume surréaliste et lyrique donne naissance à des personnages puissants et torturés, les met en scène dans un environnement extravagant et rutilant et leur fait vivre des situations singulières où l'amour familial, s'il est parfois maladroit, n'est jamais très loin.

Un chef-d'œuvre fertile en péripéties que je ne saurais que vous recommander chaudement !


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Amour Monstre
Katherine Dunn
Amour monstre
1990
472 pages

À Propos de l'auteur

Katherine Dunn naît à Garden City, dans le Kansas, en 1945. Elle étudie la philosophie et la psychologie, mais abandonne son cursus sans diplôme pour voyager à travers l’Europe où elle écrit ses deux premiers livres. De retour aux États-Unis, sept ans plus tard, elle entame une longue et brillante carrière de journaliste. Ses textes paraissent dans Esquire, The New York Times, Playboy, Vogue… Elle est l’auteur de trois romans, dont Amour monstre, finaliste du National Book Award en 1989. Elle s'éteint en 2016 à Portland dans l'Oregon.

Katherine Dunn